Industrie, bâtiment ou tertiaire, le travail temporaire permet aux entreprises d’embaucher sans engager sur le long terme. Et pour les candidats, d’espérer un pont vers l’emploi.


 

Lundi, 9 heures et quart. Nefertari, 24 ans, traverse la chaussée devant l’Opéra de Reims. Rapide coup d’œil sur le nom des rues, la jeune femme cherche son adresse, elle est attendue. Dans quelques minutes, elle attaque son premier jour de travail. « Je vais proposer des produits de santé aux pharmacies, c’est de la vente par téléphone. Aujourd’hui, je commence ma formation, mais je vais aussi passer mes premiers appels aux clients, pour leur vendre des compresses. C’est un produit qui n’est pas trop spécialisé, ce sera plus facile, comme je commence dans le métier », explique-t-elle. Pas trop stressée, même si elle tient à arriver en avance.

« J’ai répondu à une annonce sur Le Bon Coin, explique-t-elle. Et l’entreprise m’a appelée vendredi soir, ça s’est fait très vite. » Il restait une étape indispensable avant de commencer : la signature du contrat. Quelques minutes avant de rencontrer son nouveau patron, Nefertari l’a signé dans une agence extérieure à l’entreprise, Triangle.

C’est comme ça dans l’intérim, le salarié signe un contrat avec une agence, qui  signe de son côté un autre contrat avec l’entreprise d’accueil (lire ci-dessous). « Le contrat dure jusqu’au 30 juin, et pourrait être prolongé au 31 juillet avec, pourquoi pas, un CDI au bout ? » lance Nefertari. Une vraie chance, après un mois d’attente. « Je m’étais inscrite à quatre ou cinq agences d’intérim, car Pôle emploi ne propose pas beaucoup d’annonces pour ceux qui n’ont pas de diplôme. » Nefertari explique avoir eu un problème pour financer le bac spécialisé en sports qu’elle tenait à l’époque.

« Débuter quelque part »

Oumar, 35 ans, n’a pas non plus le bac, mais un niveau CAP dans le bâtiment. Depuis dix-sept ans, il est inscrit en intérim. « Mon père était chez Manpower, il m’a conseillé de m’inscrire. » Régulièrement, il fait la tournée des agences. « Rien pour moi aujourd’hui, dit-il en sortant de chez Supplay, rue Chanzy, à Reims. Mais il faut les relancer, montrer qu’on a envie de travailler. » Son contrat le plus long : cinq mois comme manutentionnaire dans une usine de gâteaux. Depuis son dernier emploi, dans le nettoyage, il y a deux ans, il est au chômage et ne touche plus aujourd’hui que le RSA. « Il y a plusieurs années, on m’a proposé de m’embaucher, mais il fallait que je déménage à Lille, ou à Amiens, j’ai dit non. Quand je vois la crise, aujourd’hui, notamment dans le bâtiment, je regrette de ne pas avoir accepté. » À ceux qui commencent leur recherche d’emploi, Oumar conseille de ne pas « louper les occasions » et « d’essayer au maximum de trouver sa place dans les entreprises ». « En attendant d’avoir un emploi stable, il faut bien débuter quelque part. Il y a des entreprises qui embauchent en intérim quelques jours pour voir si l’on fait l’affaire », explique Oumar, avant de poursuivre sa tournée matinale des agences. La quête de stabilité peut payer : 11% des personnes en intérim en mars 2013 avaient été embauchées en CDI en mars 2014, selon l’Observatoire des métiers et de l’emploi.

Le triangle « candidat, agence, entreprise »

« C’est par l’agence d’intérim que le candidat est employé, même s’il existe un lien de subordination avec l’entreprise d’accueil », explique Katy Labalette, présidente de Prism’emploi Champagne-Ardenne, organisme qui fédère la grande majorité des agences d’intérim. Parmi elles, les géants Adecco, Manpower, Randstad… mais aussi des centaines d’agences de toutes les tailles. « L’intérim c’est un triangle avec le candidat, l’agence d’emploi, et l’entreprise », poursuit Katy Labalette. Dans quels secteurs ? « Dans la région, on compte le plus d’intérimaires dans l’industrie, notamment automobile, chez les constructeurs comme les sous-traitants. » Conducteurs de ligne, caristes, préparateurs de commande… « Aujourd’hui, quand vous êtes une entreprise industrielle, vous avez un carnet de commandes visible à trois mois. Embaucher directement en CDI, c’est compliqué. » Depuis l’année dernière il existe des CDI d’intérimaires… qui prévoient que les salariés restent rémunérés par l’agence même en cas d’inactivité.

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