HANDICAP


Deux types de structures accueillent en particulier les travailleurs handicapés : les Esat et les entreprises adaptées. Mais leur intégration commence dans chaque entreprise.

Terrine de poisson, rôti de porc, tarte aux pommes. Douze euros. Le menu du jour du restaurant Élisa 51 est simple, efficace, et en plus la sauce du rôti est une réussite. Dans la zone industrielle Colbert, à Reims, le restaurant ressemble à une cantine d’entreprise, en face des bureaux de La Poste. Une cantine, mais surtout pas un self : le principe même du restaurant est de faire travailler du monde. Établissement et service d’aide par le travail (Esat), Élisa 51 emploie une soixantaine de travailleurs handicapés dans quatre activités : le restaurant, le nettoyage industriel, les espaces verts et le conditionnement. « En arrivant ici, les personnes vont bénéficier d’un accompagnement de professionnels pour reconstruire un projet de vie », explique le directeur, Stéphane Bestel. En plus du moniteur qui accompagne chaque activité, une psychologue et une éducatrice spécialisée veillent sur les travailleurs.

De l’Esat « protégé » à l’entreprise « adaptée »

Roselyne, 41 ans, travaille à l’Esat Élisa 51 depuis quatre ans. Ce midi, c’est elle qui surveillait la cuisson du rôti. « J’ai aussi fait plusieurs stages dans des restaurants. Ici, j’apprécie le soutien moral. Quand on panique, on est aidé. » « On se sent rassuré », confirme Claudine, à l’Esat depuis 2005, et qui sert les clients en salle. Les deux femmes rentrent chez elles chaque soir, comme tous les travailleurs de la structure. « On accompagne les personnes dans leur parcours personnel, mais elles n’ont pas forcément vocation à rester toute leur vie dans un environnement protégé, dès que c’est possible, on travaille la réintégration vers le milieu ordinaire », explique Stéphane Bestel.

Chez APF Entreprises 51, zone Farman à Reims, pas de structure médicale pour accompagner les employés. Dans la cour, des engins d’élagage, à l’intérieur du bâtiment, des ordinateurs… Les salariés, en blouse claire, s’activent dans la blanchisserie. Hormis le sigle APF (Association des paralysés de France), rien ne révèle, à première vue, que l’on se trouve dans les locaux d’une entreprise « adaptée ». « Les personnes qui travaillent ici sont en autonomie, les encadrants peuvent être concernés eux-mêmes par le handicap, ou pas du tout, mais en tout cas ils n’ont pas été formés spécialement à la prise en charge du handicap », explique Sophie Bataillon, responsable des ressources humaines. « Nous sommes n’importe quelle autre entreprise, sauf que nous sommes tenus d’employer 80% de travailleurs handicapés. »

En cas de problème, les salariés peuvent s’adresser à un psychologue, et ont la possibilité de rencontrer une personne de l’APF pour les aider dans leurs démarches administratives. Mais au sein des cinq pôles de la structure (nature, industrie, tertiaire, services, blanchisserie) qui regroupent une centaine de personnes, le travail est celui d’une entreprise classique. « Ce qui change, c’est que l’on va toucher une aide plus grande de l’État pour adapter, en fonction des pathologies des personnes, leur poste », précise Sophie Bataillon. « À la différence d’un Esat, ici, c’est de la production, il faut que l’on dégage du chiffre d’affaires »,  souligne Régis Nicolas, responsable du pôle industrie et blanchisserie de l’entreprise adaptée. Pour que cela fonctionne, il explique qu’il faut prendre en compte les besoins particuliers des employés : « Il y a des personnes qui ont des problèmes de port de charges, il faut qu’on prévoie des systèmes de levée adaptés. Il existe des casques pour les malentendants, ou des claviers qui permettent de n’utiliser qu’une seule main. » Une bienveillance qui ne devrait pas être limitée aux structures adaptées : théoriquement, toutes les entreprises sont tenues d’accueillir des handicapés, et à plus forte raison d’aménager les postes de leurs salariés victimes d’accident de travail. Une myriade de structures et d’associations peuvent les y aider.

Charles Montmasson


À SAVOIR


 Obtenir le statut de travailleur handicapé

Les démarches se font auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MPDH). Un formulaire de « reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé » est téléchargeable sur internet. Un certificat médical est notamment demandé.

En cas de reconnaissance du handicap, la MPDH peut décider que la personne est apte à travailler dans une entreprise traditionnelle ou adaptée, ou bien que son handicap l’empêche d’exercer une activité salariée.

Contact : MPDH de l’Aisne, à Laon : 03 23 24 89 89 / MPDH des Ardennes, à Charleville-Mézières : 03 24 41 39 50 / MPDH de la Marne, à Reims : 03 26 21 51 70.

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